Interview

Dans le cadre de notre projet tutoré, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Olivier Camus, Antiquaire pendant plus de 15 ans sur le marché aux puces de Saint-Ouen et créateur du site Proantic, qui a pris le temps de répondre à toutes nos questions.

Le Blog : pour commencer notre interview, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Olivier Camus : Mon nom est Olivier Camus et j’ai toujours baigné dans le bain de l’antiquité. J’ai d’abord été à l’école en Belgique où j’ai appris à faire de l’ébénisterie. Suite à ça, je suis parti faire de la brocante à Bordeaux sur la place Notre Dame ou je suis resté 1 an et demi. Cependant, le marché était un peu dur en province et ça ne correspondait pas à ce que je voulais alors j’ai décidé de remonter sur Paris où j’ai pris un magasin aux puces de Saint-Ouen. Dans le même temps, j’ai ouvert avec ma femme un atelier de dorure car celle-ci faisait de la dorure sur bois et de la sculpture. Et puis un jour, j’ai repris un deuxième magasin aux puces, c’est là où m’est venue l’idée de faire un site pour les antiquaires. J’ai proposé l’idée à des gens qui m’ont répondu que ça ne marchera jamais, que personne n’achètera des antiquités sur internet. J’ai téléphoné à mon frère qui à ce moment là vivait au Japon et qui est informaticien. Je lui ai fait part de mon idée et lui ai proposé de le faire avec moi. Nous avons donc fait ce site ensemble mais seulement pour les amis et voisins au départ. Cela a mis un an pour se développer et pour se mettre en place. Ça a moyennement marché au début mais comme j’avais de très bonnes relations dans le milieu, j’ai tout de suite eu de très bons clients qui n’étaient pas du tout présents sur internet à cette époque. Avant internet il y avait un monde, il y avait peu de personnes sur internet qui était seulement en phase de développement alors je tournais un peu dans les puces de Saint-Ouen pour avoir des clients et puis petit à petit cela a pris de l’ampleur.

Quel est le but de Proantic ?

Eh bien, nous avons remarqué qu’à un moment il y a eu un effet de mode où chacun fabriquait son site. Tout le monde voulait avoir son propre site internet et était persuadé que ça marcherait mais personne ne savait le référencer. Ce qui marche, c’est le regroupement, ça ne marchera jamais à vous tout seul. L’idée du site est que plus on se regroupe, plus on sera nombreux, plus on aura de la visibilité et on pourra ainsi créer du trafic sur notre site. Mais chaque antiquaire a son nom et son espace sur Proantic. Aujourd’hui cela paraît naturel mais quand nous avons commencé cela ne l’était pas du tout, les gens n’avaient pas l’intention de se rendre sur internet. Surtout sur des professions libérales de toute petite structure où les gens sont soit seuls ou travaillent en couple donc on reste vraiment sur de la microstructure pour les antiquaires. Le fait est que microstructure est égale à grand individualisme. Mais quand ils ont commencé à sentir que ça vendait, ils se sont finalement mis sur notre site. Nous notre métier est de résoudre les problèmes des antiquités du quotidien en fournissant aux antiquaires un marché où leurs clients peuvent voir et acheter en toute confiance des antiquités de qualité.

Comment vous est venue cette idée de créer un site internet dédié aux antiquaires professionnels ?

Avant il y avait un site d’antiquaire sur lequel j’étais inscrit, mais je trouvais que l’interface ne convenait pas, j’avais un rapport assez délicat avec la personne qui s’occupait de ce site. Je m’étais dit qu’il était dommage qu’il n’ait pas de concurrent, parce que s’il en avait un, cela lui ferait un peu de bien, et qu’il arrêterait de nous traiter n’importe comment. Mais jamais je n’avais imaginé que ce serait moi qui allais lui faire de la concurrence, car ce n’était pas du tout dans mon esprit de faire un site internet.
Mais l’idée m’est venue parce que je sentais que c’était le bon moment. Ce n’était pas dans le but de gagner de l’argent, j’avais simplement le sentiment que je tenais une idée qu’il ne fallait pas lâcher. J’avais retrouvé un article d’un journaliste qui disait “le jour où une personne fera un site internet pour les antiquaires, elle aura tout le monde”. Cette idée est venue grâce à l’ère du temps, je me suis dit que c’était maintenant qu’il fallait le faire, qu’après il sera trop tard, car je savais que je n’étais pas le seul à avoir cette idée. Il y a eu une alchimie à la création du site, et vous ne savez pas pourquoi mais votre idée fonctionne mieux que les autres.

Que pensez-vous de la vente d’Antiquités sur internet ?

Pour moi, il était indispensable que les antiquaires passent sur internet, même si il y a eu un petit temps de retard sur ce marché là, il a quand même une excellente présence sur internet aujourd’hui. A présent, il est impossible de penser de ne pas être sur internet, il faut avoir un minimum de présence. En revanche, cela a complètement modifié le marché, dans le sens où tout est visible aujourd’hui et les clients peuvent être informés de tout. Mais cela a peut être enlevé une part de surprise et de découverte.
La vente sur internet est inévitable et elle a permis à plein de personnes de province par exemple de survivre là où avant elles mourraient petit à petit.

Pensez-vous que cela peut faire disparaître les vrais commerces ou au contraire leur redonner vie ?

De toute façon ils étaient en voie de disparition.. Quand j’ai commencé il y a près de 25 ans, il y avait déjà une énorme chute des vrais commerces, notamment en raison des grandes foires qui regroupaient les antiquaires. Maintenant, est-ce que cette disparition est liée à internet ou est ce qu’elle est accélérée par internet ? Car il ne faut pas oublier la pression immobilière qui est très forte sur les boutiques et les hausses de loyer sont impressionnantes et font que les petites boutiques disparaissent toutes au profit des grands groupes. Après, il y a une différence entre Paris et par exemple Versailles où la disparition est beaucoup moins forte. Mais je pense qu’internet fait plus de mal aux salons des antiquaires. En effet, les salons sont de plus en plus durs et très chers, les personnes vont donc privilégier les sites internet plutôt que les salons.

Si internet peut redonner vie aux boutiques ? Je vois plutôt des personnes qui ont fermé des boutiques et qui ont eu envie de se tourner entièrement vers internet, c’est la tendance. Il y a donc eu un premier temps où les gens ont cru qu’ils survivraient avec internet et les boutiques, et le deuxième temps où ils ont plutôt eu une tendance à fermer leur boutique pour ne rester que sur internet. Mais cela va vraiment dépendre de la boutique : si celle-ci a vraiment de très bons clients, l’antiquaire serait complètement fou de fermer. Les boutiques permettent de créer des ambiances, d’être en contact avec les objets, etc. Il y a vraiment de gros avantages si on en a une.

Quels sont les côtés positifs et négatifs de votre métier ?

Le côté très positif c’est que je peux vivre n’importe où avec mon travail. En ce moment, j’habite en Grèce et avant j’habitais à Rome. J’adore voyager et bouger et j’ai juste à prendre mon ordinateur. Mon frère habite au Japon, moi j’habite en Grèce, la société est basée en France à Fontainebleau et ça ne pose aucun problème.
Le côté négatif c’est que c’est quand même beaucoup moins créatif et amusant que lorsqu’on cherche des objets. Derrière un ordinateur, vous êtes un peu seul, il y a un côté assez austère, il faut s’en détacher de temps en temps sinon il finit par vous rendre fou.

Le métier d’antiquaire requiert-il des qualités et compétences spécifiques ?

Pour être antiquaire, il faut un “regard et un oeil”, un certain feeling, ce que tout le monde n’a pas. Mais le feeling ne suffit pas, il faut un entrainement et bien sûr un minimum de connaissance dans ce que vous faites. Il faut aussi accepter que de temps en temps vous pouvez faire de grossières erreurs, il ne faut pas se focaliser sur le coup du siècle ou le coup de sa vie. Il faut savoir prendre des décisions rapidement et être bien imprégné dans son marché en se plaçant sur une spécialité et en l’approfondissant. Enfin, il faut aimer l’art et les objets et ne pas faire ça juste pour le plaisir de l’argent.

Faut-il obligatoirement être passionné d’histoire pour faire ce métier ?

D’histoire peut-être pas, mais plutôt passionné par l’art, être au moins touché par la beauté des objets. Si vous n’êtes pas ému devant la Pietà de Michel-Ange, laissez tomber et faites autre chose. Plus sérieusement, il y a des choses que vous regardez pendant 20 ans sans rien ressentir et puis un jour vous passez devant et vous vous dites “mais c’est génial, comment j’ai fait pour ne pas le voir avant”. Donc il ne faut pas désespérer, ce n’est pas parce que vous voyez la Pietà comme un morceau de marbre qu’un jour vous ne la trouverez pas géniale. Il faut donc quand même avoir une sensibilité à l’art.

Quelles sont les tendances du moment sur le marché des antiquités ?

Déjà, ce qui ne fonctionne plus du tout, c’est le mobilier XVIIIe qui a fait une chute incroyable. Le XIXe ça fait également longtemps que ça ne plait plus du tout. Mais le marché a toujours été en mouvement, il y a des choses à la mode, des choses qui passent et des choses qui reviennent. C’est sûr qu’en ce moment le XXe (années 60-70) a le vent en poupe, surtout la peinture, mais cela ne veut pas dire que toutes les personnes qui font du XXe vendent bien. Et puis il y a l’art d’Asie, en particulier l’art Chinois qui est très à la mode aujourd’hui alors que ça ne valait rien quand j’ai commencé le métier. Et enfin il y a une grande tendance qui va s’accroître sur les objets de charme et les objets qui vont tout simplement sortir de l’ordinaire.

Pour terminer, avez-vous des conseils à donner aux personnes intéressées par le métier d’antiquaire ?

Cela va vraiment dépendre de la personne : son âge, son entraînement, ses moyens financiers, etc. Quelqu’un qui n’a pas trop de moyens doit alors avoir une bonne présence sur internet, doit bien chiner et faire attention à ce qu’il achète. Il ne doit pas se lancer dans n’importe quoi même si c’est très dur au début et il doit être patient pour avoir ses clients. Même sur internet, vous avez vos propres clients. Internet fonctionne de la même manière que les boutiques, si vous êtes content d’avoir acheté quelque chose chez quelqu’un, vous aurez une tendance à retourner chez lui. Enfin, il faut être précis et se canaliser dans son travail et ne pas vouloir tout faire.

Merci beaucoup Olivier Camus pour toutes vos réponses !

Pour en savoir plus, découvrez le site Proantic en cliquant sur ce lien

 

Retour à la page d’accueil